Le réel

C’est un peu cruel. Sous la pression des circonstances, crise sanitaire, difficultés économiques et sociales, l’exécutif est contraint pendant les 600 derniers jours du quinquennat de revoir à la baisse son ambition réformatrice.

Cruel parce que la France a besoin de réformes. C’est bien là l’essentiel.

Mais cruel aussi parce qu’Emmanuel Macron, élu en 2017, sur un projet audacieux, risque de devoir conclure ce mandat avec des ambitions réduites. Ses oppositions souligneront alors le contraste entre les rêves présidentiels et la réalité des résultats obtenus.

Avec ou sans coronavirus, la France serait-elle donc irréformable ? Il est courant quand le pays résiste au changement de contester la méthode employée pour installer les réformes.

Mais un examen attentif des voies et des moyens utilisés pour le chantier des retraites, par exemple, est révélateur de fautes politiques.  Par excès d’assurance (retraite par points et âge pivot en même temps) et conviction de bien faire (puisqu’il il convenait d’agir), le gouvernement s’est privé du soutien militant de syndicats réformistes d’accord sur bien des points avec lui. Il a dû avoir recours au 49.3 alors qu’il disposait, sur le papier, au moment du vote d’une majorité large à l’Assemblée nationale.

Le fond de l’affaire est peut-être aussi tous les abus dans l’usage du mot réforme, ces dernières décennies. Pourquoi est-il devenu au fil du temps, un mot valise qui sert à annoncer aux Français de nouveaux sacrifices ? Réformer est un impératif catégorique dans un pays passablement sclérosé.  Mais il faut d’abord rassembler sur des projets partagés.

Sur le plan social, Jean Castex et son gouvernement tentent désormais de remonter la pente. Il aurait sans doute fallu commencer comme ça.

Là, c’est évidemment trop tard pour vraiment avancer. 

PS.

Etienne et moi, contributeurs assidus de Menou pour tous, nous prenons des vacances au mois d‘août.

Nous vous retrouverons donc avec joie, pour de nouveaux projets à la rentrée de septembre.

Bel été et amitiés

Etienne et François

Mort à Venise

Jeudi 30 juillet – De tous les grands festivals de cinéma, la Mostra de Venise n’est sans doute pas le plus prestigieux, si on la compare à Cannes ou Berlin. Elle a même un petit côté provincial.

Mais comme elle se tient au Lido de Venise, qu’on y vient souvent par bateau depuis la Sérénissime, la Mostra possède un charme particulier. C’est là qu’a a été tourné par Visconti, Mort à Venise d’après l’œuvre du romancier allemand Thomas Mann. Le héros y meurt du choléra.

Cette fois, c’est le coronavirus qui a frappé. Les organisateurs du plus ancien festival de cinéma en Europe (déjà sous Mussolini) ont dû réduire la voilure, et prendre des mesures sanitaires, là où l’épidémie a largement frappé au printemps.

Mais les Italiens ont tenu bon. « La Mostra se tiendra aux dates prévues, aux prix de quelques renonciations » et des caméras thermiques seront installées à toutes les entrées. Mais « le cœur du Festival est sauf », a précisé son directeur.

« Lacci» de Daniele Luchetti, le récit d’une infidélité dans un couple napolitain, hors-concours, ouvrira le festival.  Au total, 60 longs-métrages seront présentés du 2 au 12 septembre, 15 courts-métrages et une série télévisée. Le jury sera présidé par Cate Blanchett. Il accueillera aussi, parmi d’autres, Ludivine Sagnier et un cinéaste allemand remarquable Christian Petzold.

La fièvre de l’or

Mercredi 29 juillet – Le cours de l’or a franchi mardi en Asie un nouveau record historique. Le métal jaune s’est globalement apprécié de plus de 25% depuis le début de l’année. Valeur refuge des temps de crise dont l’intérêt s’étend puisque son marché est établi en dollar. Une baisse de la devise américaine, ce qui est le cas ces derniers mois, rend les lingots moins onéreux pour les acheteurs utilisant d’autres devises.

Pour ceux en possèdent, s’assoir sur son tas d’or est payant. S’ils s’endorment, ils s’enrichissent quand même. Notre monde est bien étrange. Et apparemment, ça ne s’arrange pas.

Les Chinois à Montargis

Mardi 28 juillet – Montargis n’a pas toujours été aussi sage. Avant d’accueillir des gendarmes en grand nombre, elle a abrité au début du siècle une colonie importante de Chinois qui n’eurent de cesse de préparer la Révolution dans leur pays. Ce n’est pas une découverte. A Montargis et bien sûr en Chine, on le sait depuis très longtemps. Un musée est même dédié à ce moment de l’histoire de cet immense pays. Mais le Figaro dans son édition du 27 juillet choisit, sous la plume de Patrick Saint-Paul d’éclairer cet épisode original, drôle aussi dans ses débuts, même si sa postérité s’est enrichie d’horreurs qui se prolongent encore aujourd’hui en Chine.

L’histoire est si simple : au début des années 20, des étudiants chinois venus à Montargis projettent de fonder le Parti communiste chinois, toujours au pouvoir à Pékin aujourd’hui.

Parmi eux, Deng Xiaoping, qui a travaillé dans l’usine Hutchinson du Loiret. Tout en se formant  à l’agriculture et en préparant la Révolution chinoise, c’est à Montargis qu’il a appris à valser avec Mme Rose.

Il y a cent ans , il s’en est passé de belles à Montargis.

Pauvre pauvreté

Lundi 27 juillet – Avec 30 ministres ou ministres délégués, le gouvernement Castex compte le plus grand nombre de ministres sous la Ve République, dépassant le record de 26  dans les gouvernements Juppé I (1995) et Mauroy II (1981-1983). C’est sans doute pour bien signifier que tout va bien qu’il n’y a pas de poste dédié à la lutte contre la pauvreté.

La crise économique et sociale engendrée par la pandémie conduira fatalement à une augmentation du nombre de personnes précaires. Les associations engagées aux côtés des plus pauvres ont lancé en début de semaine une alerte pour dénoncer cette absurdité.

Il serait facile dans un gouvernement bien doté en ministres et secrétaires d’État de trouver des doublons pour dégager des moyens pour les plus pauvres. Un seul exemple : une ministre de la cohésion des Territoires cohabite avec un secrétaire d’État en charge de la ruralité. 

Le dossier de la pauvreté sera dans les attributions du ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran. A l’évidence, il aura autre chose à faire avec une crise sanitaire pas complètement éteinte et qui menace encore.

Manœuvres dans le ciel

Samedi 25 juillet – C’est tendance et la France s’y met. Notre armée va aller dans l’espace. L’état-major de l’armée de l’air est ainsi devenu état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace. Cette évolution annoncée il y a un an se fonde dans une transformation des menaces. On l’a vu, ces derniers mois, avec la multiplication des innovations en Chine, la montée en puissance des Émirats et les projets américains.

Devant les développements annoncés, la France ne pouvait pas rester inerte. « Espionnage, sabotage, pollution : les menaces sont tangibles. Face à ce nouvel ordre des choses, nous devons être prêts » a déclaré la ministre des Armées Florence Parly lors d’un discours, vendredi dernier sur la base aérienne de Salon-de-Provence. Continuer la lecture de « Manœuvres dans le ciel »

Grandes espérances

Vendredi 24 juillet – C’est à front renversé. Il y a quatre ans, rares étaient ceux qui pensaient que Donald Trump serait élu président des États-Unis. Il y a peu, nombreux étaient ceux qui se disaient qu’il ne pourrait pas être battu en novembre 2020. Tous intégraient dans leur raisonnement leur erreur d’évaluation initiale.

Aujourd’hui, à 100 jours de l’élection, les cartes sont rebattues. Les démocrates se sont unis autour de la candidature de Joe Biden. L’ancien vice-président de Barack Obama ne fait certes pas vraiment rêver, mais il rassure beaucoup. Continuer la lecture de « Grandes espérances »

Le poids du touriste

Jeudi 23 juilletC’est l’AFP, toujours vigilante qui nous l’apprend. A Venise, plus question de monter à six sur une gondole. Le poids moyen du touriste à la hausse l’expose à de nouveaux périls en gondole. Ces frêles embarcations ne pèsent pas lourd face aux énormes bateaux de croisières qui s’aventurent dans le Grand Canal. Il est vrai qu’a « avancer avec plus d’une demi-tonne mobile à bord est dangereux » selonun expert de la marine à rame.

Comme nous avons tous grossi, la municipalité de Venise a donc décidé qu’il ne sera donc plus possible de gondoler qu’à cinq. Chiffre impair, troublant dans la ville des amoureux et de Casanova.  En poussant le bouchon, on devrait très vite arriver à la gondole à passager unique. Ce sera, bien sûr, moins excitant…

Même les gondoles de grande dimension dites « da parada » (de parade), service municipal dédié à la traversée du Grand Canal, sont frappées par ce nouveau règlement. Seules 12 personnes (contre 14) seront autorisées à y accéder en même temps

Tout cela fait l’affaire des gondoliers. Leur activité à beaucoup chuter ces derniers mois.  Calculons : soit 600 personnes cherchant une gondole, il en fallait 100 auparavant. Désormais, il en faudra 20 de plus.

Il y a à Venise 440 licences de gondolier, auxquelles s’ajoutent 180 licences de remplaçants. La réponse est économiquement très adaptée à la crise du tourisme de masse…

L’éternelle exception

Mercredi 22 juillet – Il n’y avait pas besoin d’être devin. La propension des gouvernements à prolonger à l’infini les mesures d’exception ne surprendra que ceux qui croient que la défense des libertés publiques pourrait avoir un peu de poids face à la boulimie de contrôle de la police.

Sans hésiter vraiment, l’Assemblée nationale a donc prolongé d’un an des mesures de la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, elle-même inscrite dans la législation de dispositions héritées de l’état d’urgence.

Les perquisitions, les mesures individuelles de contrôle ont été prolongées d’un an en attendant un texte plus général sur le sujet. Mais rien ne laisse espérer qu’il visera à corriger cette pente.

Les raisons invoquées pour faire durer les mesures exorbitantes au droit commun sont toujours les mêmes : une menace toujours « prégnante » selon Gérald Darmanin.

Elle existe en effet. « Depuis 2017, ce sont dix attaques, pour la majorité inspirée par l’Etat islamique, qui ont abouti sur le territoire national au décès de 20 personnes » et «32 attentats ont aussi été déjoués par les services », a souligné le ministre.

Mais il reste à prouver que cet arsenal répressif est vraiment pour quelque chose dans l’action apparemment efficace des services de renseignement.

Moins de grandes généralités et plus d’exemples concrets seraient bien utiles pour convaincre de l’utilité de ces restrictions aux libertés. Sinon, ce ne sont que des gesticulations.

L’Europe in extremis

Mardi 21 juillet – C’est peu dire que l’Europe jouait son avenir au sommet de Bruxelles pour trouver des réponses concertées face à la crise.

Il a fallu quatre jours et quatre nuits pour parvenir à un accord. Le succès final confirme que la France et l’Allemagne quand elles partagent la même partition peuvent obtenir d’excellents accords.

Mais Paris et Berlin ont dû investir beaucoup d’énergie pour que tous leurs partenaires se fondent dans l’unité de l’orchestre européen. Les 27 dirigeants européens sont ainsi parvenus à s’entendre sur un plan historique destiné à soutenir leurs économies, durement touchées par la crise du coronavirus. Pour la première fois, ce plan est basé sur l’acceptation d’une dette commune. En clair, les plus riches volent au secours des plus pauvres. Un pas vers le fédéralisme.

Les sommes dégagées ; un budget 2021-2027 de 1.074 milliards et un plan de relance de 750 milliards permettront de préparer l’avenir qui, sans cet effort partagé, aurait été beaucoup plus sombre. L’Europe avance par compromis successifs. Les pays dits «frugaux» (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède et là aussi la Finlande ) ont certes fait beaucoup de résistance. Ils ont obtenu donc des concessions de taille mais pas au point de ruiner l’ambition initiale. C’était bien là l’essentiel.