Fracture numérique

Lundi 23 mars – Autrefois les fractures étaient traitées pas amputation, depuis Ambroise Paré, maître barbier-chirurgien (1510-1590), on s’efforce de les réduire.

Je lis ce jour l’e-mail de la mairie de Menou qui est accompagné du modèle d’attestation de déplacement dérogatoire. Ce document fourni par le gouvernement via service-public.fr a été imprimé, scanné et attaché à un e-mail par la mairie. Le résultat est un document peu contrasté et mal cadré. Fracture numérique ?

La fracture numérique est de plusieurs natures.

Elle a d’abord une dimension matérielle collective. A Menou, le réseau internet est accessible à un débit faible (6Mb/s) qui permet de travailler en bureautique mais on est rapidement limité si on veut travailler des images de qualité ou des vidéos.

La fracture numérique a une dimension matérielle personnelle. Certaines personnes n’ont pas d’ordinateur pour des raisons de coût ou d’intérêt pour la chose. Aujourd’hui, le prix d’un ordinateur est assez raisonnable, et si certaines personnes n’en ont pas ou n’en utilisent pas, c’est avant tout une question d’intérêt pour la chose et de relative complexité des savoirs nécessaires pour maitriser l’outil.

La troisième dimension de la fracture est purement humaine, c’est la disponibilité de services utiles et de qualité, à la portée des populations de nos territoires.

Enfin, Internet fut conçu comme un espace de liberté, il est devenu un immense marché de produits et services commerciaux. La gratuité affichée n’est pas sans contrepartie et la méfiance s’est instaurée à juste titre. La mise en place du Réglement général sur la protection des données personnelles (RGPD), n’est pas venu d’un excès de précaution d’un fonctionnaire européen mais d’une nécessité de contenir les opérateurs dans leurs tentatives d’incursions publicitaires dans nos vies.

Ainsi la question se pose en ces termes : la qualité des services que je tirerai de mon ordinateur est-elle à la hauteur (i) du prix, (ii) du temps que je devrai investir pour me former et (iii) du risque que je prends à exposer mes données personnelles ? On peut comprendre que la réponse soit négative.

L’avantage des technologies du numériques est qu’elles sont disponibles à toute personne qui s’y intéresse. Aujourd’hui, ces technologies font partie de notre identité de citoyens du 21ème siècle, assertion que je mets en parallèle avec un texte du groupe Gwendal sur l’identité bretonne qui disait “A chacun, l’âge venu, la découverte ou l’ignorance”. A mon sens, le choix de l’ignorance des concepts numériques de bases relève de la négligence, elle n’en est pas pour autant irrationnelle.

La fracture numérique est d’abord humaine, elle est pour beaucoup le fait de choix individuels de la facilité. Réduire la fracture numérique demande une vision collective et une offre de services simple, opérationnelle et gratifiante pour le public auquel elle s’adresse. Vaste défi que le confinement nous propose !

Retrouvez la série de nos chroniques de confinés.

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