Fleurs et fleurons

Mercredi 29 avril – Confiné ou pas, il est parfois nécessaire de se déplacer et ce mercredi j’ai dû me rendre à Mayenne à l’imprimerie Floch qui fait partie du groupe Laballery. Un déplacement professionnel, reste un déplacement et une occasion d’observer comment vit la France confinée.

Sur la route on ne voit guère que des poids lourds qui assurent le ravitaillement, l’alimentation ou la respiration de ce grand corps somnolent qu’est notre pays. Les stations service des autoroutes sont désertes, seules les machines à café automatiques sont opérationnelles. Ces temples de la consommation express sont au mieux remplacés par une baraque à frites. Entre ces deux extrêmes, on peut se demander de quoi sera fait le monde de demain ?

En Ile de France, les acacias sont en pleine floraison, ils ont régulièrement une ou deux semaines d’avance sur les nôtres. Mes abeilles peuvent se préparer, la fête arrive. Le printemps est bien là et les bas-côtés sont de vrais jardins botaniques, ma conduite s’en ressent.

L’imprimerie Floch est un des fleurons de l’industrie française du livre. Elle a développé une technologie originale de production de livres noirs ou monochromes. La qualité exceptionnelle des ouvrages produits en fait un fournisseur de choix des éditeurs de premier rang comme Actes Sud, Flammarion, Gallimard, Grasset, POL, etc.

Chaque impression donne lieu à la production de premiers livres pour le calage des machines et de livres surnuméraires pour parer à toute éventuelle dégradation lors des manutentions. Ces livres de second choix partent au pilon sauf si un lecteur vorace et peu regardant les intercepte. J’ai fait une petite provision.

Lorsqu’au retour j’ai été contrôlé par la gendarmerie, j’ai dû justifier de mon identité, présenter mon attestation de déplacement et expliquer que bien que circulant encore à la nuit tombée, ma cargaison relevait d’un commerce parfaitement avouable. Quoi de plus logique que d’être contrôlé à une heure pareille ? Tout étant contrôlé et validé, la discussion s’est prolongée quelques minutes et, comme gage de sérieux, j’ai montré au gendarme, exemplaire à l’appui, qu’à Clamecy ou Mayenne, on imprime des livres aussi sérieux que le dernier Goncourt. A son air surpris et intéressé, je lui ai proposé de garder l’exemplaire, sa résistance fut aisée à vaincre. C’est une fois reparti que j’ai mesuré que j’avais invité le représentant des forces de l’ordre, à méditer sur “Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon”.

Retrouvez la série de nos chroniques de confinés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *