Le temps s’est arrêté.

Vendredi 20 mars – Confiné, je passe la journée à mon bureau à travailler sur ordinateur.

Je porte une montre bracelet automatique. Ce type de montre à mouvement mécanique et affichage analogique, ne nécessite pas de pile. Elle fonctionne sur un ressort qu’un balancier remonte du seul fait de mes mouvements. J’entends déjà les “OK boomer !“.  Au regard des critères du monde qui vient, la montre qui m’indique l’heure depuis plusieurs décennies présente des qualités environnementales remarquables. Alors, jeunes gens, dites-vous bien que le ‘boomer’ ne déconne pas complètement.

Confiné, restant assis et les bras quasi immobiles devant mon clavier, j’ai constaté avec horreur que ma montre a fini par s’arrêter. Faute d’activité, je ne suis plus en mesure de donner vie aux objets qui partagent et rythment mon existence. Faute de vie, le temps s’arrête.

Je ne peux pas m’empêcher de penser à “Gros-Câlin” le roman de Romain Gary publié sous le pseudonyme d’Emile Ajar en 1974. Son personnage principal M. Cousin, présenté comme un statisticien troublé – une première similitude notable entre nous deux – vit une existence solitaire et assez dépressive à Paris, “ville de dix millions d’usagers”. Lorsqu’on lui propose une de ces nouvelles montre à quartz, sa réponse est délicieuse : “Je désire au contraire une montre qui aurait besoin de moi et qui cesserait de battre si je l’oubliais”. Ma montre a besoin de moi, d’une manière différente, elle cesse de battre si j’oublie de vivre. Elle a raison, à quoi bon chronométrer une vie sans mouvement ?

Un message dans ma boite aux lettres. La liste qui a remporté les élections municipales remercie ses électeurs. Sachant que j’étais sur une liste opposée, me remercier peut paraitre étrange. Ils ont bravé les consignes de confinement pour distribuer à tous les habitants un petit mot y compris aux concurrents. Ça n’est pas sans un esprit malin et un certain sens de l’humour que l’on a inséré un tel mot dans ma boîte. Merci aux vainqueurs pour cette fanfaronnade de bonne guerre, ça fait du bien de se marrer un peu.

Retrouvez la série de nos chroniques de confinés

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