L’État et la providence

Lundi 4 mai – Journée de cours en visio-conférence pour les élèves du lycée de Varzy. Avec cette épidémie qui nous est tombée du ciel, avec la crise sanitaire que nous vivons et la crise économique à laquelle nous nous préparons, la providence n’est pas en odeur de sainteté. Qu’en est-il de l’État ?

Dans ce contexte, il m’a semblé opportun de rappeler à mes élèves l’articulation des échanges économiques entre les secteurs institutionnels.

Les ménages fournissent du travail aux entreprises contre des salaires. Les entreprises vendent des biens et services aux ménages contre paiement du prix. Le secteur financier prête aux jeunes ménages pour qu’ils puissent acheter leur logement ou leur voiture. Les ménages plus âgés déposent leur épargne à la banque. Les entreprises empruntent au secteur financier pour investir dans de nouvelles machines de production. Les tenants du libéralisme aimeraient que l’organisation de l’économie s’arrête là. La santé, l’éducation pourraient relever de services délivrés par les entreprises. L’État serait limité aux seules fonctions régaliennes comme la police, la défense et la justice, et à la gestion des réseaux produisant des économies d’échelle (électricité, chemin de fer, etc.).

En France nous avons choisi de confier à l’État la gestion de la sécurité sociale, de l’éducation et de la santé. Derrière l’État on voit souvent le chef de l’État, le gouvernement, le parlement mais c’est oublier le rôle essentiel des fonctionnaires, ces femmes et ces hommes qui consacrent leur carrière au service public. En période de crise imprévisible comme celle que nous traversons, le rôle de l’État est apparu comme essentiel dans l’organisation de notre société. C’est lui qui prend à sa charge le soin des malades, c’est lui qui finance le chômage partiel, c’est lui qui garantit les besoins de trésorerie des entreprises à l’arrêt.

Imaginons un instant qu’un candidat à l’élection présidentielle de 2017 nous ait dit : « En cas de pandémie, je confinerai les Français pendant deux mois et paralyserai l’économie ». Nous l’aurions démocratiquement renvoyé à ses études. Ainsi dans cette crise, ce n’est pas le seul candidat élu qui nous protège, c’est avant tout le bon fonctionnement des institutions, le dévouement des fonctionnaires, la cohérence de la société qui a choisi de prendre à sa charge collectivement d’abord la santé des citoyens et ensuite les conséquences sur l’économie de la préservation de cette santé, et ce bien au-delà de toute obligation ou engagement contractuel.

La capacité de réaction de l’appareil étatique mérite d’être saluée, et en premier lieu celle de l’appareil de santé. En attendant que l’appareil éducatif nous indique plus précisément les modalités de la reprise, la confiance est de mise. C’est des fonctionnaires dévoués au service public que nous attendons les précisions dont nous avons toutes raisons de penser qu’elles seront prudentes et éclairées.

La journée se termine par une excellente discussion avec Maud, ma fille, et un apéritif numérique avec le clan des joyeux confinés.

Retrouvez la série de nos chroniques de confinés.

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